La croisée des destins
Chapitre 19 : Au ranch Anderson
Le premier août était arrivé. La semaine précédente avait été très chargée, du moins pour Charles, Léa et moi. Tous les matins, nous entraînions nos montures à l’obstacles, avec Leslie. Mon oncle surveillait nos entraînements, et fut assez surpris du coup de saut de Démon, qui obéissait sans problème à Charles. L’après-midi, avec mon cousin et Léa, on sortait, avec Solstice (qui ne boitait plus), Boréale et Gulliver, et on retrouvait Illusion sur le plateau, ou dans la “cuve”. A présent, il y emmenait tout son troupeau. La méfiance de la vieille jument baie, à notre égard, commençait un peu à diminuer. La veille du concours, nous avions passé la journée à la vallée. D’accord, nous avions eut quelques difficultés à retrouver le tunnel, mais, à part ça, on n’avait pas eu trop de problème. Et tout cela, en plus de nos activités habituelles.
Si bien que, avec un emploi du temps aussi chargé, nous
n’avions pas vu le temps passer. Le jour du concours, nous nous levâmes vers
les cinq heures du matin. Ayant nourris les animaux du ranchs, et pansé nos
chevaux de concours, nous embarquâmes Éclipse, Casiopée, Démon et Émir, ainsi
que Solstice, Gerry et Gulliver, qui devaient participer au reining, organisé
dans la matinée, ou une des épreuves d’obstacles inférieur à la notre. Une fois
les derniers préparatifs terminés, nous grimpâmes dans la cabine du petit
camion du ranch, où les sept chevaux avaient été embarqués, en compagnie de mon
oncle, Andy et d’Antoine.
“- Vous n’avez rien oublié ? insista mon oncle.
- Non, p’pa ! le
rassura Charles. On a vérifié trois fois ! On a tout ce qu’il faut ! Si on y
allait, maintenant ?
- Y a pas le feu !”
le taquina son frère, alors que mon oncle conduisait le van le long de la piste
du ranch.
* * * * *
Une demi-heure, plus tard, nous roulions sur une piste,
goudronnée, qui passait sous une grande arche en fer à cheval où s’inscrivait,
en lettres rouges et or, “Ranch Anderson”. Le portail était ouvert et nous
pénétrâmes dans le ranch. La route était entourée de vastes paddock, où
paissaient des chevaux racés.
Nous passâmes près de la maison. Celle-ci, grande et
spacieuse, fraîchement repeinte, plongeait dans l’ombre une vaste cour
bétonnée. Dans un des prés qui s’étendaient sur notre droite, une quinzaine de
véhicules étaient garés. Les cow-boys s’affairaient autour des chevaux,
attachés à leur camion respectif. Mon oncle, arrêta son véhicule, à bonne
distance des autres ranchs. A deux cents mètres de là, une grande carrière
sablée, et jonchée d’obstacles fraîchement repeints, jouxtait une carrière plus
petite, qui, d’après ce que j’avais compris, servirait pour le reining. Les
écuries, aussi élégantes que la maison, formait un vaste fer à cheval, derrière
les carrières. le bâtiment était encadré de vastes corrals, et du baraquement
des cow-boys. Apparemment, contrairement au ranch Thomas, les employés étaient
isolés du propriétaire. Chez mon oncle, les cow-boys étaient logés dans la
maison elle-même. D’autres pâturages s’étendaient, à perte de vue, derrière la
ligne des écuries. Je n’avais aucun mal à comprendre que Ralph Anderson
devaient avoir des moyens énormes pour construire ce ranch. Tout était propre,
bien entretenu, et ressemblait plus à une industrie qu’à un élevage. Anderson
n’avait pas tort en disant que son élevage était plus que florissant. Il avait
des bêtes superbes, principalement des Quater-Horse mais aussi, eh oui, des
Anglo-Arabes, et quelques trotteurs français.
“Ce gars là, aime les chevaux français !” songeai-je, en
jetant un oeil aux bêtes.
Je descendis alors de la cabine du camion.
“- Bon, je vais aller voir le programme de la journée !
nous lança mon oncle, en s’éloignant du camion. Ne sortez pas tout de suite les
chevaux, du moins Éclipse ! Déjà, son apparition sur le parcours risque de
provoquer une drôle de réaction parmi les autres participants...! Autant éviter
les problèmes trop tôt !
- Pas de
problème, oncle Carl ! le rassurai-je. On va sortir les autres chevaux en
attendant !”
Antoine avait déjà abaissé la rampe, avec Charles, tandis
que je les rejoignais à l’arrière du van.
“- On sort tous les chevaux, sauf Éclipse ! leurs
annonçai-je.
- Ok !” assura
Antoine. Bon, je sors Gerry et Solstice, Charles tu prend Gulliver, Léa, tu
t’occupe de Casiopée, Leslie, tu t’occupe de ton étalon et Cécilia, tu prend
Démon, ça vous va ?
- Euh...il
vaudrait mieux que je reste avec Éclipse, pour le calmer. S’il me voit partir
avec Démon, il risque de ne pas apprécier.
- Ouais, t’as
raison ! Bon, reste donc avec ton Éclipse ! Charles prendra Gulliver et Démon
!” décida Antoine, en détachant Gerry.
Quand ils furent partis, je rentrais dans le camion et m’approchait
d’Éclipse qui hennit doucement en m’apercevant.
“Alors, mon bonhomme ! murmurai-je, la main posée entre
les yeux de mon étalon. La forme ?”
Éclipse encensa, comme pour approuver.
“Je le savais ! chuchotai-je, en souriant. On va leurs
montrer, aux autres, qui on est !” ajoutai-je, en tendant une pomme à Éclipse.
Je détachai ensuite la longe de l’étalon et le fit
marcher en cercle dans l’espace étroit du véhicule.
“Désolée bonhomme, mais je ne peux pas te sortir du
camion !” murmurai-je, alors qu’Éclipse pointait les oreilles vers la sortie.
Je venais de rattacher Éclipse, lorsque mon oncle apparut
à l’entrée.
“- Ah, Cécilia ! Je te cherchais ! Tu pourra sortir ton
étalon pendant le reining ! Tout le monde sera à la carrière. Donc personne ne
le verra, avant qu’il n’entre sur le parcours. En tant que Capitaine, tu
passera en dernière de ton équipe ! Votre épreuve aura lieu vers 14h00 ! Je me
suis un peu renseigné, les barres feront entre 1,40 mètre et 1,60 mètre, ça ne
te pose pas de problèmes ?
- Non ! Seul Émir
risque d’avoir des problèmes car 1,60 mètre, c’est juste pour sa cavalière !
Mais ça devrait passer ! Oui, y a pas de problèmes !
- Hum !
Normalement, il n’y aura pas besoin de donner les papiers de vos montures,
avant le concours, mais tu les a quand même amené, au cas où ?
- Je les ai
toujours sur moi ! assurai-je, en tapotant la poche de ma veste.
- Très bien ! Je
dois te prévenir, Les seuls concurrents qui pourraient vous donner du mal sont
les chevaux d’Anderson, notamment Winner, mais aussi deux des chevaux de Tim,
Suprême et Cyclone. Anderson fera tout pour gagner ce concours, même s’il n’a
aucune importance....!”
Mon oncle s’interrompit lorsque Antoine, venant
d’attacher Gerry et Solstice au camion, à l’extérieur, revenait en courant vers
le camion.
“- P’pa, tu savais que le concours serait suivit en
direct, par la télé ? s’écria-t-il, en s’arrêtant.
- Non ! assura
mon oncle, en fronçant les sourcils. Comment tu sais ça ?
- Je viens de voir
le fourgon de la station locale, derrière la maison d’Anderson.
- Il espérait
sûrement filmer sa victoire ! grommela Charles, en arrivant sur ces
entrefaites.
- Dans, ce cas,
il va être déçu ! compléta Léa. Car, on va lui donner du fil à retordre.
L’équipe “Merrier- Cooper- Pommerlier- Thomas” va lui en faire voir de toute
les couleurs !
- Et bien, vous
avez l’air bien décidés, tous les quatre ! nous taquina mon oncle, en souriant.
Bon, Charles, Antoine, Andy, préparez Gulliver, Gerry et Solstice pour le
reining ! L’épreuve commence dans une heure ! Cécilia, quand tu te sera occupée
d’ Éclipse, tu feras ce que tu pense être le mieux, venir voir le reining ou
surveiller tes chevaux, d’accord ?
- No problem !”
assurai-je.
* * * * *
“Sur la piste, Charles Thomas, sur Gulliver !” annonça la
voix d’un des juges.
Le reining avait commencé depuis une bonne heure. Charles
était le premier du ranch de mon oncle à passer. J’avais préféré restée près
des chevaux, mais, assise sur la rampe du véhicule, j’écoutais attentivement
les commentaires du juge. Le jury était composé d’un représentant de chaque
ranch (donc dix membres). Chacun donnait une note sur dix. Au final, on
obtenait donc une note sur cent. J’avais fait marcher Éclipse derrière le camion,
à l’abri des regards.
“Gulliver est un habitué du reining ! Il vient d’exécuter
devant nous un huit parfait. Un sliding-stop....!”
Je cessais
d’écouter. Des applaudissements retentirent soudain du terrain.
“Alors, voilà les notes : huit, huit, neuf, dix, dix,
huit, quatre, neuf, sept et huit ! Donc, un score de 81 pour Charles Thomas et
Gulliver.”
J’attendis que Charles revienne au camion, pour le
féliciter. Mais il paraissait contrarié quand il mit pied à terre.
“- Bravo, Charles ! Pas mal ton...Qu’est-ce qu’il y a ?
m’étonnai-je.
- Anderson est un
fumier. Il m’a mit quatre, alors qu’il a mit dix, à son cavalier !
- Du calme,
Charles ! Tu sais aussi bien que moi qu’il fait tout pour gagner, donc
avantager ses cavaliers ! Mais tu pourra prendre ta revanche, lors du parcours
d’obstacle ! Et puis quatre-vingt-un sur cent, c’est déjà pas mal, non ?
- Ouais ! La
deuxième place du classement ! Et puis, t’a raison ! Voilà une raison de plus
pour battre Winner ! En plus, devine qui montera Winner, au concours ?
- J’sais pas !
- Son abruti de
fils, Johan Anderson. Un vrai crétin ! Et un Don Juan de première ! Il est
prétentieux comme pas deux, et ne monte même pas bien à cheval et....!
- C’est bon, j’ai
compris ! Tu ferai mieux de t’occuper de Gulliver, en attendant !
- Ouais, t’as
raison ! Tu veux que je surveille Éclipse, pendant que tu vas voir le reining ?
- Euh...! Si ça
te dérange pas....! De toute façon, j’m’absenterai pas longtemps ! Oh fait, je
voulais te demander... pourquoi il élève des chevaux français, Anderson ? Il a,
en plus des Quater-Horse, des Anglo-Arabe et des Trotteurs français...
- Oh...Je crois
qu’avant il tenait un élevage en France. Mais ça n’a jamais marché ! Alors il
s’est lancé dans l’élevage de Quater-Horse ! me lança mon cousin, tout en
dessellant son cheval. J’peux pas t’en dire plus !
- De toute façon,
c’est suffisant !” répliquai-je.
* * * * *
“Sur la piste, Antoine Thomas sur Gerry, pour le ranch
Thomas.”
J’étais accoudée à la barrière, observant l’hongre alezan
crin lavés, lancés au galop, sur la piste. Il était facile à voir qu’Antoine
faisait la paire avec sa monture. Il anticipait chacune de ses réactions, et
les figures se succédaient sans grosse erreur importante.
“Belle prestation ! reprit le commentateur, après que
Antoine eut finit son reining. Voyons les notes. Dix, dix, neuf, dix, huit,
neuf, cinq, huit, dix, dix ! Soit, un total de quatre-vingt neuf sur cent !
Joli résultat !”
Je m’approchais de la sortie, pour rejoindre mon cousin.
“- Bravo ! le félicitai-je. C’était un joli passage !
- Ouais ! Dommage
que la note d’Anderson ait fait un peu baisser mon résultat, mais sinon...! Eh,
dis-moi, Cécilia, qui garde les chevaux ?
- Charles !
D’ailleurs j’y retournais !
- Ah !” dit
simplement Antoine, en prenant le chemin du camion, juché sur Gerry, qui
marchait d’un bon pas.
* * * * *
“Pour l’épreuve de CSO par équipe, les cavaliers sont
chargés de se présenter à la grande carrière, pour la reconnaissance du
parcours, avec les papiers de leurs montures !”
Cet appel résonna dans le ranch, en début d’après-midi.
“- Tiens, c’est pour nous ! observai-je, en me levant.
- On ferait mieux
d’y aller ! approuva Charles, en m’imitant.
- Cécilia, t’as
les papiers de Casio et d’Éclipse ? s’inquiéta Léa, époussetant son pantalon.
- T’inquiète !
Bon, Antoine, tu peux surveiller Éclipse, pendant qu’on sera à la reco. ?
- Bien sûr, cousine
! me rassura ce dernier, adossé à la paroi du camion.
- Bon, ben,
allons-y, alors !” lançai-je, en sortant du véhicule, imitée par mes
coéquipiers.
Peu après, nous étions tous les quatre, accompagnés de
mon oncle, près de la grande carrière, où de nombreux obstacles aux couleurs
variées étaient disposés.
Alors que mon oncle avait gagné la tribune du jury, pour
confier les papiers d’Éclipse, Casiopée, Émir et Démon, aux juges, je
commençais à commenter le parcours. Ayant l’habitude des concours, j’arrivais
désormais à bien estimer les difficultés des parcours.
“- Ok ! Vingt barres à franchir, en tout, réparties entre
1,40 mètre à 1,60 mètre ! Donc, aucune difficulté pour les chevaux… ! Par
contre, je ne sais pas comment Démon se comportera sur les combinaisons,
Charles… ! Leslie, tu auras intérêt à tenir Émir sur le triple qu’on voit
devant la cabine du jury, car le contrat de foulées (nombre de foulées entre
deux éléments d’une combinaison) est juste pour un grand étalon comme le tien.
Pour Léa, Casiopée ne te posera pas de problème, du moment que tu la
rééquilibres devant les obstacles...!
- D’après ce que
m’a dit mon père, on entrera tous les quatre sur le terrain. Tandis que le
premier cavalier passe, les trois autres attendent dans le petit enclos,
entouré de barres qu’il y a là-bas ! intervint Charles, en désignant le coin le
plus éloigné de la carrière. Dès que le premier cavalier a finit son parcours,
il fonce vers l’enclos. Dès qu’il y entre, le second part, etc...! L’ensemble
des quatre parcours est chronométré et...!”
Charles s’interrompit à l’arrivée de son père. Celui-ci,
me tendit les papiers de mes chevaux, ainsi que des brassards.
“- Tout est en règle ! lança-t-il, en nous rejoignant. On
va pouvoir aller à la reconnaissance du parcours, maintenant.
- Euh... Monsieur
Thomas ! intervint Leslie. A quoi ils servent ces brassards ?
- A définir votre
ordre de passage, dans l’équipe. Ainsi, Cécilia, en temps que Capitaine,
passera en quatrième et aura le numéro 4 ! expliqua mon oncle, en me tendant
les quatre brassards. Pour les trois autres, à vous de vous arranger ! Bon, sur
ce, direction le parcours !”
* * * * *
Une demi-heure, plus tard, nous étions de retour au
camion. Mon oncle s’était arrangé pour que notre équipe passe dans les
derniers. Nous passions donc en dixième, soit les numéros 37,38, 39 et 40. On
s’était réparties les brassards. Finalement, Charles passerait en premier,
ayant le cheval le moins rapide du groupe, puis Leslie, Léa et moi. J’avais
jugée plus malin de mettre Casiopée entre Émir et Éclipse, car je pensai
qu’Éclipse n’apprécierait pas trop de voir Émir lui foncer dessus au grand
galop. Pour l’occasion, Léa, Leslie et moi, avions mis nos pantalons blancs de
concours, tandis que Charles gardait son habituelle tenue de travail. On
offrait un contraste saisissant avec les autres cavaliers. Cependant, d’un
commun accord, nous portions, tous les quatre, un tee-shirt blanc aux
“couleurs” du ranch Thomas. La seule différence, pour Leslie, Léa et moi, c’est
que nous ne portions pas notre tenue habituelles de concours (veste et bottes
noires, chemise et pantalon blancs) et avions mises de simples bottines, afin
de ne pas trop contraster avec Charles, et les autres concurrents.
“- On voit que vous n’êtes pas d’ici, toutes les trois !
nous taquina Charles, en nous jetant un bref regard.
- Peut-être, mais
nous, on est fière d’être française. Et on a l’habitude de concourir comme ça,
alors, n’en rajoute pas ! C’est sûr qu’on peut pas en dire autant de toi, avec
ton vieux jean… ! rétorqua Leslie, désignant la tenue, raccommodée en maintes
endroits, de mon cousin.
- Mouais bon !
grommela ce dernier. Mais c’est comme vous, j’ai l’habitude de porter ça quand
je monte !
- Bon, si on arrêtait
de se plumer pour changer, et si on pansait nos chevaux ! suggérai-je, alors.
Même si on ne passe que dans deux heures, autant s’occuper de nos montures. On
partira détendre, une demi-heure avant notre passage. Ca sera suffisant. Le
paddock de détente sera quasiment vide à ce moment là, car il ne restera qu’une
autre équipe, en dehors de la nôtre, donc on aura la paix.
- Peut-être, mais
tu sais qui c’est cette autre équipe ? grommela Charles. L’équipe Anderson…
- Je sais ! Mais
ils ne nous poseront pas de problèmes ! assurai-je.
- Tu crois ça ?
répliqua Charles. Je n’en suis pas si sûr. Quand Jo verra Éclipse, il aura la
même réaction que son père. Et, avec Winner, il fera tout pour gagner ! Et nous
pousser à la faute !
- Ne sois pas si défaitiste.
Winner ne doit pas être si imbattable que ça ! assurai-je.
- Attend de
l’avoir vu !” rétorqua Charles.
* * * * *
“Sur la piste, l’équipe du ranch Beverley, la huitième de
l’épreuve.”
Charles, Léa, Leslie et moi étions déjà dans le paddock,
détendant nos montures. Démon était très nerveux. Il nous avait fait un sacré
numéro, en entrant. Déjà, il avait une peur bleue du paddock et refusait d’y
entrer, en se cabrant, allant même jusqu’à faire tomber Charles, ce qui avait
bien fait rire un cavalier du Ranch Anderson qui passait par là. J’avais donc
dû monter, à mon tour, Démon tandis que Léa tenait Éclipse, hors du paddock.
Après maintes caresses et paroles apaisantes, il avait finalement accepté
d’entrer dans le paddock. Mais il finit par se calmer, au bout de quelques
tours de piste, au pas, trot et galop. Je l’avais finalement rendu à Charles.
“- J’avais oubliée que Démon venait de ce ranch !
observai-je, en tenant Démon, tandis que Charles se mettais en selle.. Il a dû
y être maltraité et ce paddock lui rappelait de mauvais souvenir !
- Sûrement !”
grommela mon cousin, légèrement vexé d’être tombé aussi facilement sous le nez
des cavaliers Anderson.
D’ailleurs, l’un d’eux ne cessait de rire, monté sur un
robuste étalon à la robe alezane. Je jetais un regard à l’étalon. Tête longue
et sèche, dont une longue liste blanche parcourait le chanfrein, du front
jusqu’au bout du nez, membres longs et élancés terminés par de longues balzanes
blanches, corps élancé et musclé, épaules longues et inclinées, arrière-main
puissante, pieds durs et résistants, poitrine profonde… Tous ces détails
montraient que ce cheval était issu d’un croisement entre plusieurs et
excellentes races, notamment anglo-arabe, pur sang anglais et
trotteur-français. L’étalon avançait d’un pas souple et léger. Je n’avais aucun
mal à deviner le nom de cet animal.
“- C’est Winner, hein ? lançai-je à mon cousin, alors que
je m’apprêtais à sortir pour récupérer Éclipse.
- C’est lui ! approuva
mon cousin, l’air sombre. Alors, tu comprend mieux pourquoi il s’appelle comme
ça ?
- En effet ! Mais
je persiste à croire qu’Éclipse peut le battre !” assurai-je, en rejoignant Léa
et en me hissant sur le dos de mon étalon.
L’effet fut immédiat, lorsque mon étalon noir s’engouffra
dans le paddock, les oreilles pointées, juste derrière Démon. Les cavaliers du
ranch Anderson qui, jusque là, continuaient à ricaner, en jetant de drôle de
regard à Charles, s’arrêtèrent soudain, l’air plus que surpris, en apercevant
Éclipse. Et je savais très bien pourquoi. Au bout d’un moment, le cavalier de
Winner s’approcha de moi, sans quitter des yeux ma monture. Quelle ne fut pas
ma surprise en reconnaissant le garçon que j’avais heurtée, le soir de la transhumance.
Le Jo que j’avais trouvé si mignon n’était autre que Johan Anderson, montant
Winner, et qui serait notre grand rival, aujourd’hui…, et le jour de la course.
“- Salut ! me lança-t-il. Comment s’appelle ce cheval ?
- Éclipse !”
rétorquai-je, simplement, en m’éloignant de lui, au trot.
Éclipse était énervé par la présence de Winner, comme
s’il savait que cet alezan représentait une menace, un rival, pour lui. Il
restait tendu, les oreilles en perpétuel mouvement, encensant sans cesse. Je
parvins finalement à le calmer. Éclipse venait de retrouver son calme, lorsque
j’aperçus Johan, en grande conversation, avec un homme, accoudé à la barrière,
qui n’était autre que le propriétaire des lieux et qui ne quittait pas Éclipse
des yeux.
“Eh, petite, viens un peu là !” me lança Anderson.
Je m’approchais prudemment du bonhomme, tandis que son
fils s’éloignait. Éclipse paraissait inquiet, et s’arrêta, à bonne distance du
bonhomme. Je me raidis, en apercevant la lueur avide qui brillait dans les yeux
gris de “Cœur-de-plomb”.
“- Dis-moi, petite, combien tu voudrais pour cet étalon ?
me lança-t-il abruptement.
- Il n’est pas à
vendre ! rétorquai-je.
- Oh ! On ne me
refuse jamais rien, jeune fille ! J’obtient toujours ce que je veux ! me
menaça-t-il.
- Peut-être ! Et
bien pas là ! Éclipse est mon cheval, et il n’est pas à vendre ! Et surtout pas
à vous ! répliquai-je, en faisant demi-tour.
- Tu va m’obéir,
sale gamine ? s’énerva Anderson. Sinon...!
- Ralph,
laisse-la tranquille !”
Anderson se retourna soudain, pour faire face à mon
oncle. Tous deux se défièrent du regard.
“Laisse-la donc tranquille ! Tu l’as entendu, il est hors
de question qu’elle te vende Éclipse ! insista mon oncle. Ce n’est pas
Illusion… ! Il lui ressemble, mais ce n’est pas lui ! Tu l’as bien vu, sur ses
papiers...! Il a peut-être la même mère, mais pas le même père qu...!”
Il s’interrompit lorsque Ralph Anderson, sans un mot,
tourna les talons et s’éloigna du paddock.
* * * * *
“C’est un parcours en trois points pour l’équipe du ranch
Anderson. Ce résultat donne donc à l’équipe, la première place du classement.”
lança la voix du commentateur.
Avec mes coéquipiers, nous attendions près de l’entrée,
cachés à la vue du public installé dans les tribunes qui acclamait les chevaux
d’Anderson qui quittaient la carrière en triomphe, comme s’ils avaient déjà
gagné le concours.
“Maintenant, sur la piste, la dernière équipe de cette
épreuve, celle du ranch Thomas !”
Charles, en tant que premier à passer, entra le premier
sur la piste, suivi par Leslie et Léa. Je fermais la marche. Un silence tendu
s’installa sur les spectateurs, en découvrant ma monture. Le commentateur, au
bout d’un moment de silence, reprit.
“L’équipe du ranch Thomas est menée par Cécilia Merrier,
sur Éclipse, par Orage et Tornade, qui partira donc en quatrième position. Léa
Pommerlier, sur Casiopée, par Jalisco et Hyacinthe, se lancera en troisième,
Leslie Cooper, sur Émir, par Le Saint et Calice, occupera la deuxième place et
enfin, Charles Thomas, sur Démon, par Illusion et Ocaria, partira le premier.
Les quatre chevaux prennent place dans l’enclos... Le jeune Thomas est au
départ ! Et c’est partit pour la dernière équipe de l’épreuve !”
Démon semblait avoir retrouver toute sa concentration. Il
franchit, sans problème, le premier obstacle, en totale confiance avec son
cavalier. Le parcours se passait sans incident. Charles menait Démon vers le
triple, qui passait devant la tribune du jury, où se trouvait son ancien
propriétaire qui n’en croyait pas ses yeux. L’animal, apercevant Ralph
Anderson, hésita, et se désunit.
“Allez Charles ! criai-je, voyant l’inquiétude de
l’étalon. Allez Démon, tu peux le faire !”
L’étalon sembla se ressaisir et franchit d’un bond le
premier élément du triple.
* * * * *
“Sans-faute, dans le temps, pour Charles Thomas et Démon
! lança le commentateur, alors que Charles, ayant franchit le dernier obstacle,
revenait au grand galop, vers l’enclos, où Leslie attendait, sur Émir. La cavalière
suivante entre sur le parcours.”
Le parcours se passa sans anicroche. Leslie avait fait de
gros progrès pendant le mois de juillet et contrôlait Émir, à présent, sans
trop de problème. Attentive à ce que je lui avais conseillée, avant la reconnaissance,
elle ralentit son étalon, à l’entrée du triple. L’animal passa, de justesse le
troisième élément dont la barre supérieure, trembla sur ses supports, mais ne
tomba pas. Le couple Leslie-Émir, était enfin prêt à réapparaître sur les
pistes de concours de E1. Leslie, achevant son parcours sur un sans-faute,
passa le relais à Léa. Je ne me faisais pas trop de souci, car Léa avait
l’habitude de Jupiter qui avait un peu le même style que Casiopée. De plus, Léa
avait toujours une aisance manifeste en concours. Casiopée, quand à elle,
n’avait jamais posée de problèmes face aux obstacles, et sautait toujours de
bon cœur. Comme je le lui avait conseillé, Léa laissait Casiopée filer, entre
les obstacles, mais récupérait toujours un peu avant chaque saut, pour
permettre à Casiopée de franchir l’obstacle dans de bonnes conditions.
“Un autre parcours sans-faute, pour l’équipe du ranch
Thomas. Si Éclipse ne fait aucune faute, l’équipe prendra la tête du
classement, devant le ranch Anderson. La Capitaine de l’équipe semble prendre
son rôle très au sérieux. Elle s’élance sur la piste. Sa monture semble avoir
une pointe de vitesse exceptionnelle et un coup de saut remarquable. Regardez
comment il se joue du premier obstacle, qui a pourtant rebuté bon nombre de chevaux,
depuis le début de l’épreuve...!”
En effet, Éclipse, les oreilles en avant, avait franchit
aisément le premier obstacle, un oxer bleu, assez massif. Dès la réception, je
tournais à gauche, vers le deuxième obstacle, un vertical impressionnant, à
1,60m, blanc à pois multicolores.
“Allez bonhomme !” murmurai-je à ma monture, dont les
oreilles pivotèrent, l’espace d’un instant, vers moi, avant de revenir vers
l’avant.
Les six obstacles suivants se passèrent sans problème. Le
triple, à présent. Je ralentis Éclipse, pour le rééquilibrer et lui permettre
de franchir sans problème les trois barres. Premier obstacle…, deux foulées…,
deuxième élément…, une foulée…, troisième saut… et sortie du triple.
“C’est bien bonhomme !” le félicitai-je, en tournant aussitôt
à gauche, pour prendre l’obstacle numéro 10.
Le reste du parcours se poursuivit sans problème.
J’atteignis enfin le dernier obstacle, un muret à 1,60 m.
“ Allez, Éclipse ! l’encourageai-je, en le poussant,
sitôt l’élément franchi. Fonce vers l’enclos, bonhomme !”
L’étalon noir, réagissant à mes paroles accéléra encore
l’allure et fonça vers l’enclos où mes coéquipiers étaient rassemblés. Une fois
dans l’enclos, Éclipse s’arrêta soudain, et glissa dans le sable de la
carrière, avant de s’immobiliser.
“Magnifique sliding-stop !” me taquina Charles.
Je n’écoutais pas trop ce qu’il disait, occupée à
féliciter Éclipse. Tout le monde, dans les tribunes, s’était levé, pour voir un
peu mieux mon magnifique étalon, portrait craché (de par son physique et ses
performances) du “terrible” Illusion. Dans le jury, Ralph Anderson était
livide, les lèvres serrées, devant la performance d’Éclipse.
“Eh bien, Mesdames et messieurs !
reprit le commentateur. Cette épreuve s’est révélée riche en surprises ! Vous
pouvez applaudir chaleureusement les vainqueurs de l’épreuve qui, dans un temps
record et un sans-faute total, prennent la première place du classement devant
le ranch Anderson, puis le ranch de l’étoile ! Que les vainqueurs du concours
veuillent bien revenir sur la piste, pour recevoir leur prix.” ajouta-t-il,
alors que venions de quitter la carrière.
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